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La Maladie du Coeur

Vendredi 10 juillet 2009 5 10 /07 /Juil /2009 17:16
La Maladie du coeur.






-On a une urgence ! hurla l'homme en pénétrant dans le couloir plein d'infirmiers et de médecins qui s'écrasèrent sur les murs pour le laisser passer alors qu'il poussait un brancard avec une femme inerte dessus. Appelez le spécialiste des cas extrêmes ! continua-t-il en courant dans le couloir.
Un autre homme en blouse blanche se présenta alors face à lui et courut de l'autre côté du brancard.
-La situation, Hurlit ? demanda-t-il en posant deux doigts sur le cou de la femme.
-Femme, 21 ans, a eu une crise il y a environ dix minutes chez ses parents. annonça Hurlit.
-Encore la maladie du coeur. grommela l'homme. Si jeune... Gravité de la crise ? enchaîna-t-il.
-Crise violente voire extrême.
-Il va falloir la placer en salle d'isolement avant qu'une autre crise ne survienne.
-Julie ! hurla soudain une dame en se précipitant vers la femme inerte qui était transportée. Vous allez la sauver ?! implora-t-elle plus qu'elle ne demanda.
-Madame, fit le spécialiste, je suis désolé mais votre fille a très peu de chance de s'en sortir, elle souffre de la maladie du coeur et à un état très développé.
La mère porta une main à son visage puis fondit en larmes et son mari vint la soutenir.
-Vous êtes sûr docteur ? demanda l'homme. Ca ne peut pas être une crise d'épilepsie ou quelque chose comme ça ?
-Je suis navré. reprit le spécialiste.
-Non ! cria la femme. Pourquoi elle ? Nous l'avons pourtant bien élevée !
Elle tapa frénétiquement sur la poitrine de son mari et y enfouit son visage.
Les deux hommes se regardèrent et décidèrent de poursuivre leur route, laissant le couple seul avec d'autres personnes plus compétentes pour cette situation. Ils parvinrent enfin dans les locaux d'isolement. Une voix d'homme étouffée et des tapages répétés se faisaient entendre en continue.
-Violoni encore, c'est cela ? demanda Hurlit en ouvrant une porte.
-Oui, ça fait quelques semaines qu'il est là. Il résiste bien à la maladie mais ses crises s'aggravent. Je ne lui donne pas plus de deux semaines.
Ils poussèrent le brancard dans la pièce en grognant légèrement sous l'effort dû à la légère montée pour entrer dans la pièce. Les murs étaient tapissés d'un revêtement moelleux pour éviter que les malades ne se blessent contre les parois trop dures.
Ils détachèrent alors la fille du brancard et la posèrent délicatement à terre en soupirant.
-On ne peut vraiment rien pour eux ? demanda Hurlit.
Le spécialiste fit non de la tête en se plaçant devant le brancard prêt à le sortir de la pièce.
-Ce n'est qu'une hypothèse, mais il faudrait que celui qui lui a donné la maladie soit ici et encore en vie, ce dont je doute fortement puisqu'il doit être dans le même état ou six pieds sous terre et loin d'ici. D'autant plus que le malade ne crie pas toujours le nom de celui qui lui a donné la maladie. Il suffit de regarder Violoni, celle qui pourrait peut-être le guérir, et dont il scande le nom, est morte peu avant que ne se déclenche la première crise. Je me demande combien il y a de porteurs sains dans le monde et qui ne le savent pas.
Hurlit grimaça puis porta son regard en direction de la chambre de Violoni et resta à fixer le mur comme s'il voyait au travers.
-Pourquoi ne fait-on pas de test ? demanda Hurlit, fixant toujours le mur.
-Qui aurait envie de savoir s'il est porteur ? fit le spécialiste en grimaçant. Allez, aide-moi à sortir le brancard d'ici avant qu'elle ne se réveille.
Hurlit revint à lui et attrapa le lit roulant pour le sortir de la pièce avec le spécialiste. Il referma la porte et isola Julie du reste du monde.
-Tous ici souffrent de la maladie du coeur. annonça le spécialiste en s'adossant au mur et observant Hurlit qui regardait chacune des portes du long couloir.
-On dirait une prison. remarqua-t-il.
-Un couloir d'attente surtout, ces gens sont isolés ici et y meurent à petit feu. C'est pathétique.
Hurlit soupira bruyamment en s'appuyant contre le mur.
-Comment une telle chose peut-elle causer autant de ravage ?
-J'en sais rien mais je suis bien content de ne l'avoir jamais contractée cette foutue maladie. Finir ici, dans un tel état de démence, est bien mon dernier souhait.
Hurlit se plaça devant la porte de la chambre de Julie et l'observa. Elle était toujours dans la position dans laquelle ils l'avaient déposée. A terre, en chien de fusil, elle semblait si paisible. Toutefois il savait qu'une fois réveillée elle se mettrait à se jeter contre les murs en hurlant le prénom de celui qui l'avait rendu malade jusqu'à s'écrouler d'épuisement et s'asseoir au milieu de la pièce, sans rien dire ni bouger. C'est tout du moins ce qu'on lui avait appris à l'université, Julie était son premier cas.
-On reçoit environ une personne toutes les deux semaines ici. A Paris, ils ont un cas tous les deux jours voire plus, ce doit être vraiment infernal dans les grandes villes. Le spécialiste soupira et ferma les yeux en penchant la tête en arrière. Et personne ne sait les guérir, évidemment, et ne comprend vraiment la raison de la maladie. Que d'hypothèses improbables et impossibles à tester comme je t'en ai parlé tout à l'heure. Il se décolla alors du mur et fit grincer le brancard pour inciter Hurlit à le rejoindre. Les seuls à savoir ce qui se passent sont les malades et Dieu peut-être, si tant est qu'il existe. ajouta-t-il.
Hurlit dévisagea Julie une dernière fois et rejoignit l'homme pour l'aider à ranger le matériel.
-On est juste chargés de les entretenir alors, jusqu'à la fin ? demanda-t-il.
-Exactement. répondit l'homme. Et c'est pas toujours facile, autant moralement que physiquement. Une fois calme une autre crise peut survenir n'importe quand. C'est un vrai fléau cette maladie.
Ils arrivèrent à la sortie du couloir et la porte s'ouvrit sous la poussée du lit roulant. Ils passèrent le seuil et Hurlit se retourna en regardant le couloir qui semblait sans fin.
-Ne peut-on donc pas vaincre cette chose ? murmura-t-il alors que la porte se refermait dans un claquement sourd sur Julie et tous les autres.

Ils traversèrent de nouveau le couloir et, en repassant devant les parents de Julie, Hurlit n'osa pas poser ses yeux sur eux. Ils parvinrent finalement dans la salle de rangement et placèrent le lit roulant à sa place habituelle, prêt à être embarqué dans une ambulance.
-Tu penses qu'ils nous détestent ? demanda soudain Hurlit en s'écartant du brancard.
-Ses parents ? questionna le spécialiste en relevant la tête et s'approchant de lui.
-Oui. fit Hurlit à mi-voix. Nous sommes médecins et nous ne pouvons même pas guérir cette maladie. D'ailleurs personne ne semble la comprendre et réellement vouloir la guérir.
L'homme s'arrêta à côté de Hurlit et fixa la porte de sortie. Le silence s'installa alors et se fit pesant.
-Cette maladie fait peur. déclara le spécialiste en tournant la tête vers Hurlit. Personne ne veut plus l'étudier, ils ont bien trop peur d'être contaminés.
-A cause du cas du docteur Ikho ? C'est cela, n'est-ce pas ?
-En effet. fit le spécialiste songeur. Il fut le premier à s'intéresser de près à cette maladie. C'est d'ailleurs lui qui a émit l'hypothèse que le malade appelait celui qui lui avait transmis la maladie et que ce responsable était probablement capable de le soigner. Mais à chaque fois qu'il pensait avoir trouvé ledit responsable, lui aussi était malade ou mort. Il n'y avait donc aucun moyen de lui soutirer quelque information sur la maladie. Finalement, le docteur Ikho a aussi été victime de cette maladie. Calvin soupira. Je ne sais pas comment cela s'est produit, ça fait bientôt quarante ans que je travaille dans cette section et je ne suis pas malade. Pourtant je côtoie les malades chaque jour et d'assez près.
-Oui j'ai lu tous les rapports du docteur et tout ce qui concernait ses recherches... Le mode de transmission semble tellement particulier et incompréhensible. soupira Hurlit. Quelle maladie déroutante.
Hurlit serra les poings avec force et son corps se crispa.
-Personne ne t'empêche de risquer ta vie à chercher un moyen de les sauver. affirma le spécialiste en souriant doucement et posant la main sur son épaule.
Hurlit se détendit de tout son corps et soupira.
-Je te conseille de te pencher sur le cas de Julie. Elle vient tout juste d'arriver, la maladie est récente. Je ne veux pas t'insuffler un faux espoir mais c'est avec elle que tu as le plus de chance de trouver un moyen de les soigner.
Hurlit ferma les yeux et grimaça légèrement. Il ne pouvait pas laisser la jeune femme ainsi et devait tenter de la soigner, c'était son rôle en tant que médecin après tout. Mais risquer sa propre vie pour une issue si incertaine.
Il rouvrit soudain les yeux, une lueur brillait au fond de ses pupilles et le spécialiste sourit de plus belle.
-Je vais chercher un moyen de la sauver, elle et tous les autres. déclara Hurlit.
Le spécialiste se mit alors à rire doucement et Hurlit le regarda froidement.
-On dirait un gosse. affirma le spécialiste en riant toujours.
Hurlit serra les dents et le fixa sans relâche. L'homme reprit tout à coup son sérieux et le fixa avec la même intensité comme s'il le défiait.
-Toutefois tu es nouveau ici, tu n'as aucune réputation ni la confiance des proches des patients, personne n'accédera à tes requêtes facilement. C'est pourquoi je vais t'aider. déclara l'homme en souriant en coin.
Hurlit desserra les dents, sa bouche s'entrouvrit et ses yeux s'agrandirent à ces mots.
-En revanche, si je venais à attraper cette foutue maladie, je veux que tu mettes fin à mes jours au lieu de m'enfermer. Tu as compris ? ajouta l'homme avec au moins autant de sérieux que la déclaration précédente.
Hurlit balbutia et le spécialiste le fit taire d'un geste sec du bras.
-Soit tu acceptes, soit tu te débrouilles seul, Hurlit.
Hurlit le fixa un instant et hocha finalement de la tête avec force.
-J'accepte.
-Bien. fit le spécialiste. Retournons donc voir Julie, peut-être est-elle réveillée.
Il prit alors la direction de la sortie et Hurlit le suivit, décidé à trouver un moyen de sauver la jeune femme.

Ils arrivèrent devant la porte donnant sur le couloir des malades. Le spécialiste allait l'ouvrir quand une voix de femme se fit entendre.
-Calvin ! Calvin Lokki ! cria-t-elle.
Le spécialiste stoppa alors son geste et fit volte-face. Hurlit fit d'ailleurs de même, se demandant ce qu'il se passait pour qu'une femme appelle le docteur par son prénom.
Elle s'arrêta devant eux, essoufflée. Le spécialiste prit la parole pendant qu'elle reprenait haleine, les mains sur ses genoux et la tête penchée en avant.
-Qu'y a-t-il Flaminia ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
La femme ne répondit pas et continuait à reprendre son souffle, elle avait vraisemblablement couru sur une longue distance.
-Qui est-ce ? en profita Hurlit en posant ses yeux sur Calvin.
-La soeur de Violoni et ma voisine, aussi. répondit Calvin.
La femme releva ensuite la tête et reprit la parole.
-J'aimerais passer la nuit avec mon frère. déclara-t-elle.
Calvin et Hurlit se raidirent. Le spécialiste allait prendre la parole mais la femme l'en empêcha.
-Je pars pour un long voyage demain, je veux rester une dernière fois auprès de mon frère. S'il te plait. l'implora-t-elle.
Hurlit posa ses yeux sur Calvin et attendit sa réponse. L'homme semblait hésiter mais répondit finalement à la requête de la femme.
-Tu ne pourras pas être dans la même pièce que lui, juste devant la porte. Tu comprends, Flaminia ?
-Oui je comprends très bien. dit-elle en hochant la tête. Merci Calvin. ajouta-t-elle.
-Tu devrais retourner chez toi prendre une couverture. lui conseilla Calvin. Le couloir n'est pas chauffé et n'est pas des plus moelleux.
-Tu as raison. acquiesça la femme. Je reviens d'ici une heure. Tu seras encore là ?
-Bien sûr. Il faut que les malades dînent. répondit Calvin.
-A tout à l'heure alors. fit la femme en jetant un bref coup d'oeil méfiant à Hurlit avant de faire demi-tour pour quitter l'endroit.
Hurlit se rendit bien évidemment compte de ce regard et grimaça fortement.
-Ils finiront bien par te faire confiance. déclara Calvin en haussant les épaules. Tu es censé me succéder après tout, ils n'auront pas le choix.
Hurlit se sentit alors mal à l'aise et Calvin poussa la porte.
-Focalise-toi sur Julie, c'est ce qui est le plus important pour le moment. affirma Calvin en pénétrant dans le couloir.
Hurlit se reprit, Calvin avait raison, le plus important était de tent
er de sauver Julie.

Par Raziel - Publié dans : La Maladie du Coeur - Communauté : jeune auteur et compositeur
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Lundi 20 juillet 2009 1 20 /07 /Juil /2009 21:17

Cette fois-ci, le couloir était calme. Personne ne semblait avoir de crise. Les deux hommes s'arrêtèrent devant la porte donnant sur la pièce d'isolement de Julie. Calvin ne bougea pas plus et Hurlit plaça sa tête devant la vitre et observa Julie. Elle était recroquevillée sur elle-même, les mains fermées l'une dans l'autre et sur sa poitrine, comme si elle tenait un objet d'une forte valeur sentimentale. Elle s'était donc réveillée un court instant et s'était tout simplement endormie. Hurlit se décala ensuite de la porte et posa ses yeux sur Calvin qui attendait patiemment qu'il lui dise ce qu'il venait de voir.
-Je pense qu'elle n'est plus en état post-crise et qu'elle dort désormais. annonça-t-il.
-Dans ce cas nous n'apprendrons pas de qui elle a obtenu la maladie ce soir. déclara Calvin en faisant la moue.
Le spécialiste tourna alors les talons et s'avança plus profondément dans le couloir. Hurlit se replaça devant la porte et resta un moment à observer Julie. Il recula finalement et rejoignit Calvin.
Calvin était devant une des portes et observait un des malades. Quand Hurlit s'arrêta à côté de lui, il prit la parole.
-Violini. déclara-t-il en s'écartant légèrement pour laisser Hurlit l'observer un instant.
Hurlit se plaça alors devant la vitre. L'homme était assis en tailleur et fixait inlassablement le sol devant la porte. Son regard était vide, il semblait totalement déconnecté de la réalité comme si son esprit avait quitté son corps. Hurlit le regarda un long moment. Tout à coup le jeune médecin se raidit et écarquilla les yeux en grand.
-Quelque chose ne va pas ? demanda Calvin en se plaçant rapidement à côté de lui pour observer ce qui avait suscité cette réaction.
Violoni était toujours dans la même position, telle une statue, mais des larmes coulaient sur son visage. Calvin fit alors la moue et s'écarta de la porte de nouveau.
-Cela a commencé la deuxième semaine. Il reste ainsi pendant des heures et, tout à coup, les larmes lui montent aux yeux.
Hurlit tourna la tête vers Calvin, la bouche entrouverte.
-Je pense qu'il se remémore certains instants de son passé et que cela crée chez lui des troubles émotionnels responsables de ces larmes. déclara le spécialiste. A moins que ce ne soit un effet secondaire de la maladie.
Hurlit ne sut quoi dire et reposa ses yeux sur Violoni. Ce dernier pleurait toujours et ne faisait aucun geste pour essuyer ses larmes. Hurlit, l'air abasourdi, finit tout de même par s'écarter et posa ses yeux sur Calvin. Calvin sourit doucement en coin et passa devant lui.
-Je ne comprends pas plus que toi et ne t'avise pas de tenter de lui essuyer le visage, il reviendrait à lui dans l'instant et pourrait te tuer. déclara le spécialiste.
Hurlit se raidit de tout son corps à cette pensée. Il avait effectivement envisagé, un instant, d'aller sécher les larmes de l'homme mais Calvin venait de l'en dissuader.
-Allez, suis-moi. Il faut les nourrir, enfin leur donner la possibilité de se nourrir. annonça Calvin.
-Ils ne mangent pas tous ? demanda Hurlit en le rattrapant rapidement.
-Non, pas toujours. Certains finissent par mourir de faim mais c'est assez rare.
-Pourquoi ne suis-je jamais venu ici ou t'ai accompagné en arrivant dans cet hôpital ? demanda soudain Hurlit. Tu m'as envoyé aux urgences ou laissé en quartier libre en attendant qu'un autre cas ne se déclare après mon arrivée.
Le spécialiste ne répondit pas tout de suite et s'arrêta. Hurlit fit de même, attendant patiemment sa réponse.
-Personne n'entre dans le couloir s'il n'a pas de lien avec un malade. déclara Calvin d'un ton grave.
Hurlit écarquilla les yeux d'incompréhension.
-Et avant Julie, tu n'avais eu aucun contact avec un malade présent dans ce même couloir. C'est une règle que nous n'enfreignons jamais. Souviens-toi de cela, Hurlit. Seules les personnes ayant un lien avec les malades d'ici sont autorisées à pénétrer dans ce couloir.
Calvin parlait avec beaucoup de sérieux comme si le fait d'enfreindre cette règle conduisait instantanément à la mort. Hurlit resta de marbre devant ce que venait de dire Calvin. Ce dernier le fixa sans ciller puis reprit la parole.
-Et tu dois t'efforcer de faire respecter cette règle, compris ? fit le spécialiste alors que son regard se faisait dur.
Hurlit revint alors à lui et acquiesça.
-Je comprends. Ce lieu est une sorte de sanctuaire au final.
-Si on veut. fit Calvin en tournant le dos à Hurlit et s'enfonçant un peu plus dans le couloir.
Hurlit le rattrapa rapidement et marcha à ses côtés sans rien ajouter. C'est au bout de quelques mètres que Calvin reprit la parole et décida de s'expliquer.
-Cette règle n'est présente que dans cet établissement pour autant que je sache. Les personnes qui finissent ici sont encore humaine et je ne tolèrerai pas que certains curieux ou personnes mal intentionnées viennent ici troubler la quiétude de mes patients ou les observer comme des résultats d'expériences. affirma l'homme avant de s'arrêter devant une porte ressemblant à celle d'entrée du couloir. Une légère odeur de viande grillée émanait de la pièce de l'autre côté.
Hurlit comprenait et adhérait totalement à la façon de penser de Calvin et cette règle, il s'engageait à la faire respecter de son mieux. Ainsi en ayant un lien avec un patient, on venait à le considérer autrement que comme un malade et on faisait donc plus attention à lui.
-Les cuisines. annonça Calvin en poussant la porte et faisant sortir Hurlit de sa courte réflexion sur la règle à respecter. Le repas doit être prêt.

La cuisine faisait un peu moins de cent mètres carrés et trois personnes s'affairaient à la préparation des plats. Lorsque Calvin pénétra dans la pièce, un homme s'avança vers lui et lui serra vigoureusement la main.
-Je ne savais pas que tu étais ici ce soir, Kim. fit Calvin avec surprise.
-Petit changement de programme, la femme de Bany a perdu les os cet après-midi. annonça l'homme en regardant Hurlit du coin de l'oeil.
-Hurlit, mon second. déclara Calvin en se tournant vers lui.
-Ah oui ! C'est donc toi. Je te souhaite bien du courage. lança l'homme avant de faire volte-face et de s'emparer d'assiettes pleines pour les placer sur le chariot qui trônait au centre de la pièce.
Hurlit resta bouche bée et le regarda faire. En un instant, il s'était totalement immergé dans son travail et Hurlit s'était senti devenir invisible. Une jeune femme plaçait le repas dans une assiette et Kim les déposait sur le chariot alors qu'un autre homme était occupé à cuisiner avec passion. Ce dernier était sans doute le chef de cuisine, en déduisit Hurlit.
Calvin et Hurlit les regardèrent sans dire un mot. Au dîner les patients auraient de la purée accompagnée d'une tranche de rôti et de sa sauce. La viande était d'ailleurs découpée avant d'être mise dans les assiettes. La femme tendit finalement la dernière assiette à l'homme qui la posa à côté des autres sur le chariot.
-Et voici la dernière. Il y en a donc vingt-six. annonça Kim en s'essuyant les mains sur son tablier. Le reste est en train d'être préparé. Tu les distribues et quand tu auras fini, le reste sera prêt.
-Entendu. fit Calvin en souriant doucement.
Calvin empoigna ensuite le chariot et Hurlit alla lui tenir la porte en observant les trois cuisiniers s'atteler de nouveau ensemble à la préparation des plats.
Calvin gratifia Hurlit d'un hochement de tête et prit à gauche, s'enfonçant encore plus dans le couloir.
-Eux aussi ont ou ont eu des proches malades. annonça soudain Calvin en s'arrêtant devant la première porte qu'ils rencontrèrent.
-Tu veux bien regarder ce qu'il en est de ce patient, Hurlit ? demanda Calvin.
Le jeune homme s'approcha de la porte et chercha rapidement la personne du regard à l'intérieur. Il vit un homme allongé sur le dos, les bras à la perpendiculaire de son buste. Son ventre s'affaissait et se gonflait au rythme lent de sa respiration. A le regarder ainsi on aurait pu croire que c'était un sportif épuisé qui s'était laissé tomber sur un matelas de réception de saut en hauteur.
-Il semble dormir. annonça-t-il en revenant vers le chariot.
Calvin tenait désormais une assiette dans la main droite ainsi que des couverts en plastique et une portion de fromage dans l'autre main.
-Tu veux bien m'ouvrir la porte dans ce cas. le pria Calvin.
Hurlit se tourna vers la porte et l'ouvrit donc. Calvin déposa alors l'assiette dans un coin de la pièce ainsi que les couverts et le produit laitier. Il ne cessait de fixer l'homme du coin de l'oeil au cas où ce dernier viendrait à se réveiller en sursaut et avoir une crise.
Il s'ensuivit alors un service selon l'état du malade. Si celui-ci dormait, Calvin déposait le plat dans la pièce, dans le cas contraire, il devait se contenter de le faire glisser par une petite porte. L'un des patients se rua sur la nourriture comme un affamé alors que la plupart ne semblait même pas la voir.
-Ils ne semblent guère avoir faim. déclara Hurlit lorsque le chariot fut vide.
-Dans une heure ou deux, la majorité aura tout mangé. Et demain matin, tous les plats seront vides, ou presque. Comme je te l'ai dit tout à l'heure, certains ne veulent pas manger.
-Ils mangent donc tout seul. affirma Hurlit pour lui-même.
Hurlit semblait soulagé. Les patients mangeaient et le faisaient seuls.
-Il serait de toute manière quasiment impossible de les nourrir nous-mêmes. Il faudrait les sangler et les forcer à avaler la nourriture. Ceci ne me plairait guère et les patients seraient extrêmement réticents. Je préfère encore qu'il mange seul et à l'heure qui leur plait. déclara Calvin.
-Je comprends. fit Calvin.
Il passa alors rapidement devant le chariot et ouvrit la porte menant à la cuisine. Un second chariot, plein, les attendait.
-Juste au bon moment ! s'exclama Kim. Nous venons tout juste de poser le dernier repas sur le chariot.
En effet, la jeune femme était encore à l'endroit où elle remplissait les assiettes et Kim juste à côté du chariot. Le chef était en train de ranger et nettoyer la gazinière.
Un large sourire s'afficha alors sur le visage de Calvin et il plaça le chariot vide dans un coin de la pièce.
-Un timing tout à fait parfait comme toujours. affirma-t-il en se plaçant derrière le second chariot.
-C'est notre métier, après tout. déclara alors la cuisinière en se plaçant elle aussi à côté du chariot.
Le chef lui ne bougea pas, trop absorbé par son travail. Kim remarqua que Hurlit fixait ce dernier avec insistance et lui adressa alors la parole.
-C'est le chef et, comment dire, quand il travaille, il est à fond dedans. dit-il en souriant largement.
-Je vois cela. dit Hurlit sans cesser de fixer l'homme qui nettoyer avec force les ustensiles de cuisine.
Le chef était totalement dans un autre monde, encore plus que Kim quelques instants plus tôt.
-Je suppose que vous serez déjà partis quand nous aurons fini. fit Calvin en regardant la jeune femme et Kim à tour de rôle.
-Comme toujours, le chef veut nettoyer la cuisine seul. soupira la jeune femme.
-Dans ce cas, je vous souhaite de suite une bonne soirée.
Il tendit alors la main vers Kim qui la lui serra.
-Bonne soirée à toi. clama-t-il en secouant vivement la main de Calvin, ce qui fit sourire Hurlit. Et toi aussi le bleu ! lança-t-il à l'attention de Hurlit qui se pinça la lèvre inférieure à ce surnom.
La femme s'avança légèrement et fit la bise à Calvin.
-Occupe-toi bien des patients, comme toujours, et passe une bonne nuit surtout.
-Toi aussi, Marlène.
-Et toi aussi, Hurlit. fit la cuisinière avec entrain et en souriant largement.
Le jeune homme ne s'était pas attendu à ce que la jeune femme s'adresse à lui de cette manière et se reprit avant d'acquiescer d'une manière peu naturelle. Marlène sourit alors un peu plus.
-Merci, bonne nuit à toi aussi. fit-il avant de se tourner et de tenir la porte à Calvin.
Ils distribuèrent alors tous deux les dîners aux patients sans encombre. Toutefois Hurlit ne semblait pas dans son état habituel.
-Tu as l'air troublé, Hurlit. Serait-ce les cuisiniers qui t'ont surpris à ce point ? fit Calvin en le regardant du coin de l'oeil.
-C'est cette jeune femme, Marlène. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle me parle avec autant de vivacité et me gratifie d'un sourire si chaleureux. avoua Hurlit.
Calvin sembla pensif un instant puis reprit la parole.
-Depuis la mort de son père, ici-même, elle est devenue la mère de ses soeurs, en quelque sorte. Elle ne voit donc pas beaucoup de personnes de votre âge. Elle a sûrement voulu faire un premier geste vers toi pour tenter de bâtir une certaine complicité. D'autant plus que vous travaillez dans la même section.
Calvin s'arrêta alors et s'empara du nécessaire pour le repas d'un patient. Hurlit ne dit rien et ouvrit la porte.
-Je pense que ce serait une bonne chose, en effet. acquiesça Hurlit. Je suis peut-être un peu trop dans mon métier. avoua-t-il en grimaçant.
Calvin sourit doucement. Depuis qu'il avait accepté de prendre Hurlit comme second après l'obtention de son diplôme, Hurlit n'avait jamais quitté l'hôpital et restait inlassablement à attendre son premier cas. Il en était venu à la conclusion que ce dernier n'avait pas beaucoup, voire aucune, vie sociale. L'entendre l'avouer et chercher à changer cela, lui faisait plaisir.

Vint finalement le tour de Julie, elle était servie en dernière. Hurlit la regarda plus longuement que les autres patients au travers de la vitre de la porte. Lorsqu'il détacha son regard de la jeune femme, il vit Calvin le fixer avec un sourire en coin.
-Qu'y a-t-il ? demanda alors Hurlit, surpris par l'air qu'affichait Calvin.
-Tu ne t'en rends pas compte ? Tu viens d'observer ta première patiente pendant un long moment avant de te tourner vers moi pour m'annoncer dans quel état elle se trouve.
Hurlit entrouvrit la bouche mais aucun son ne sortit.
-Voici une des raisons pour laquelle aucune personne n'ayant aucun lien avec un patient n'a le droit de pénétrer ici.
Hurlit se reprit alors et acquiesça. Il l'avait bien compris lorsque Calvin lui avait annoncé cette règle mais il venait de prendre conscience que, depuis le début, son désir de guérir les malades gravitait autour de Julie, sa première patiente. Comme s'il avait établi un lien puissant avec cette dernière.
-Le peu que tu t'es occupée d'elle a suffit à créer une certaine connexion entre toi et elle. déclara le spécialiste. Cette connexion est nécessaire pour que tu cherches à t'occuper au mieux d'elle. Je suis ravi de t'avoir comme second. ajouta-t-il en s'avançant vers la porte.
Hurlit vira au rouge sous cet éloge mais se reprit rapidement quand il vit Calvin s'arrêter devant la porte. Il lui ouvrit et s'effaça pour le laisser entrer tranquillement. Il passa alors la tête et fixa Julie. Elle était toujours par terre, recroquevillée sur elle-même. Toutefois, elle n'avait plus les mains liées et collées contre sa poitrine. Sa main droite était placée en guise d'oreiller et la gauche était posée à plat devant elle. Hurlit regarda le coin de la pièce où il y avait un léger rehaussement du sol pour faire office d'oreiller. Mais, comme il avait pu le constater après cette distribution de repas, quasiment aucun des patients ne l'utilisait. Calvin ressortit ensuite de la pièce et Hurlit referma la porte derrière lui.
-Bien, une bonne chose de faite. Tu devrais aller te reposer, Hurlit. Je vais ranger le chariot, attendre Flaminia et ensuite je rentre chez moi pour dormir un peu. affirma Calvin en fixant Hurlit dans les yeux pour lui montrer qu'il n'avait pas intérêt à refuser.
Hurlit acquiesça à contre coeur et lui souhaita un bon repos avant de faire demi-tour et de quitter le couloir. Il gagna la salle de repos et de rangement de l'hôpital qui leur était réservée. Il avait l'intention de réfléchir un peu à cette journée ainsi que ce qu'il devrait faire au réveil de Julie avant de gagner son domicile. Mais le sommeil le frappa en traître et il s'endormit dans le fauteuil sans s'en rendre compte une dizaine de minutes après s'y être installé.

Par Raziel - Publié dans : La Maladie du Coeur - Communauté : jeune auteur et compositeur
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Vendredi 25 septembre 2009 5 25 /09 /Sep /2009 18:31

Le jeune homme sentit tout à coup une main agripper son avant bras et le hisser hors de son sommeil. Il entrouvrit alors les yeux et redressa la tête. Une silhouette se profila à ses côtés et ses yeux durent s'adapter à la luminosité de la pièce pour finalement distinguer les traits de la personne qui l'avait réveillé. C'était Marlène. Elle se tenait bien droite à côté de lui, la tête légèrement penchée de côté et un sourire en coin.
-Tu ne devrais pas dormir ici, tu sais. C'est inconfortable et de fait tu récupères moins bien que dans un lit. déclara-t-elle en retirant sa main de son bras.
-Je ne voulais pas m'endormir mais juste réfléchir un peu. avoua-t-il en s'étirant.
-D'autant que tu n'as pas dîné il me semble ? le questionna-t-elle.
Hurlit se leva alors et grimaça en faisant un signe de négation de la tête.
-Même si le proverbe dit que qui dort, dîne, je ne pense pas que ce soit une bonne chose. affirma Marlène en reculant légèrement vers la porte.
-Je veux bien te croire étant donné ton métier. dit-il en souriant. D'autant plus que j'avoue avoir faim.
Il grimaça derechef et tourna la tête vers l'horloge fixée au mur. Il était presque dix heures du soir. Sa grimace s'accentua.
-Et c'est pour cela que je te propose de venir dîner avec moi dans une petite restauration.
Il tourna vivement la tête vers elle et allait répliquer qu'il était tard, qu'il avait de quoi manger chez lui et qu'elle n'avait pas à se donner cette peine mais elle avait déjà abaissé la poignée de la porte et s'apprêtait à sortir. De plus sa voix se fit entendre derechef à peine avait-il posé ses yeux sur elle.
-Je connais un très bon restaurant, peu cher et qui sert à toute heure du jour et de la nuit. Tu n'as aucune excuse pour refuser. affirma-t-elle en tournant la tête vers lui et affichant un large sourire.
Hurlit se résigna en un sourire pincé. En effet il n'avait aucune excuse. Marlène sortit alors de la pièce et, après s'être emparé de sa veste, il la suivit vers l'extérieur de l'hôpital sans rien ajouter.

Lorsqu'ils passèrent la grande porte du hall, Hurlit inspira profondément et Marlène fit de même. Ils se regardèrent alors et explosèrent de rire.
-Tu as aussi ce rituel ? la questionna-t-il en se reprenant.
-Il semblerait, oui. Cela me permet de m'imprégner de l'extérieur, de quitter complètement mon lieu de travail. répondit-elle avant de sombrer dans un fou rire.
Il l'observa alors avec insistance en souriant largement. Elle était là à côté de lui à rire et à observer vaguement les gens passer dans la rue, une main devant sa bouche pour couvrir le bruit de ses rires. Il se perdit alors dans sa vision. Depuis combien de temps n'avait-il pas été en compagnie d'une autre personne ou, plutôt, depuis combien de temps n'avait-il pas partagé quelque chose avec une autre personne ? Pendant ses années d'études, c'était beaucoup du chacun pour soi. Même s'il n'y avait pas de réelle compétition entre les étudiants, la charge de travail était conséquente et ne permettait guère de loisirs. Il ressentit alors comme un vide en lui, comme si toutes ses années n'avaient eu aucune consistance, et, avant de sombrer dans ce gouffre, Marlène l'en extirpa de sa voix, ce qui le fit tressaillir.
-Je possède quelque chose d'hypnotique ou tu dors encore à moitié ? lui demanda-t-elle en plaçant son visage juste en face du sien comme pour voir un quelconque objet à travers une vitrine.
Hurlit entrouvrit la bouche et la referma sans savoir quoi répondre, il ne s'était même pas rendu compte qu'elle avait cessé de rire. Marlène se remit à glousser doucement et s'écarta avant de reprendre la parole.
-Suis-moi, le restaurant est à peine à dix minutes d'ici. déclara-t-elle en faisant volte-face.
Hurlit ne se fit pas prier, il voulait sortir de cette situation embarrassante au plus vite. Ils marchèrent alors côte à côte le long de la rue en regardant les boutiques encore ouvertes et les autres personnes.

Ils parvinrent en silence devant le restaurant. Marlène s'était arrêtée juste une fois devant la vitrine d'une boutique de jouets pour enfants. Hurlit s'était placé à côté d'elle sans rien ajouter et elle avait relevé vivement la tête en souriant, gênée. Elle n'avait rien dit et l'avait en quelque sorte contraint à continuer en reprenant son chemin.
-C'est ici, le fameux restaurant ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Le mieux c'est de tomber sur le chef cuisto italien. annonça-t-elle en se plaçant devant l'entrée.
Hurlit la regarda du coin de l'oeil puis la surprit à rêver. Elle se tenait droite, les yeux fermés et oscillait presque imperceptiblement sur place. Il sourit alors en coin et tendit la main vers son visage.
Elle eut alors un mouvement brusque de recul et écarta vivement la main de Hurlit qui venait de lui pincer le nez. Hurlit éclata alors de rire pendant que Marlène virait au rouge.
-On est venus manger dans ce restaurant ou simplement humer les effluves et rêver d'un bon dîner ? lui demanda-t-il après avoir cessé de rire.
-Manger, bien sûr. fit-elle avec force en se dirigeant, le corps raide de honte, vers la porte qu'elle ouvrit légèrement trop vite.
Son entrée attira tous les regards mais seulement un court instant. Le patron de ce lieu la reconnut immédiatement et se précipita vers elle.
-Marlène ! s'écria-t-il en l'enlaçant de ses bras massifs.
Hurlit se plaça alors à côté d'elle et observa la scène, un sourire au coin des lèvres.
-Je te présente Hurlit. déclara alors la jeune femme en désignant son compagnon de son bras.
-Oh ! fit-il, surpris. C'est la première fois que tu viens accompagnée me semble-t-il.
Il se pencha alors vers elle et lui glissa quelques mots à l'oreille. Marlène se raidit de tout son long et devint aussi rouge qu'une tomate mûre et gorgée de soleil.
Le chef jeta alors un coup d'oeil à Hurlit qui les regardait, décontenancé, et il lui fit un clin d'oeil. Chose qui acheva le jeune homme. Il ne savait pas ce qu'avait dit l'homme et était donc dans l'incompréhension la plus totale. Puis, comme si de rien n'était, il tendit la main vers Hurlit.
-Daren. se présenta-t-il. Pour vous servir des plats magnifiquement délicieux !
Hurlit lui saisit la main en annonçant son nom et, comme il s'y était attendu, Daren la lui secoua vivement faisant, par la même, vibrer la majeure partie du corps de Hurlit. Marlène le remarqua bien évidemment et sourit largement.
Daren lâcha finalement la main de Hurlit et se tourna d'un bond vers Marlène. La venue de la jeune femme semblait le ravir au plus haut point. Hurlit profita que l'homme ne le regardait pas pour constater les dégâts qu'il venait d'occasionner à sa main. Cette dernière avait d'ailleurs viré au rouge presque aussi vif que le visage de Marlène il y a quelques instants.
-Il y a une table pour deux de libre au fond de la salle principale à proximité des cuisines. annonça l'homme en poussant gentiment Marlène dans la direction qu'il désignait du doigt.
Hurlit fit travailler sa main pour s'assurer qu'elle fonctionnait encore correctement. Il sourit alors doucement sans s'en rendre compte. Evidemment, tout allait pour le mieux. 
-Et bien qu'attendez-vous, jeune homme ! s'exclama Daren en le fusillant du regard.
Hurlit devint aussi raide qu'un piquet et le cuisinier s'esclaffa alors. Il s'approcha de lui en lui faisant un clin d'oeil et Hurlit sourit dans une grimace.
-On ne fait pas attendre une dame, jamais. fit le cuisinier en tapotant son épaule et le poussant à la suite de Marlène.

Ils prirent donc place à la table que Daren leur avait désignée sous le regard satisfait de ce dernier. Hurlit s'empara du menu sans rien dire et le plaça devant ses yeux, cachant Marlène de son champ de vision. Daren le regarda faire du comptoir, haussa un sourcil, secoua la tête de désespoir et fit mine de rejoindre les cuisines. Lorsqu'il passa à côté d'eux il toussa et Hurlit tourna la tête vers lui en abaissant la carte par réflexe. Il suivit le chef du regard se demandant ce qui se passait puis, lorsqu'il entra dans les cuisines, Hurlit reprit sa position initiale sur sa chaise et regarda Marlène. Il la fixa un long moment sans réellement s'en rendre compte. C'était comme s'il ne l'avait jamais vue et qu'il cherchait à imprégner ses traits dans sa mémoire et ce jusqu'au moindre détail. Lorsqu'elle releva la tête de sa carte, elle se rendit bien évidemment compte de ce qu'il était en train de faire. Ses pommettes virèrent d'ailleurs légèrement au rouge.
-Quelque chose ne va pas ? Je suis peut-être trop longue à choisir mon plat pour une habituée ? demanda-t-elle en pinçant sa lèvre inférieure entre ses dents.
-Non... je... je n'ai même pas encore choisi. dit Hurlit décontenancé. Tu me conseillerais quelque chose en particulier ? ajouta-t-il dans un sourire gêné.
Elle baissa alors de nouveau sa tête vers la carte et la parcourut avec son index. Celui-ci s'arrêta sur un plat et elle le montra à Hurlit. Il se leva légèrement de sa chaise et passa son corps au dessus de la table pour mieux voir. Il écarquilla alors les yeux et resta bouche bée.
-C'est absolument imprononçable ! s'exclama-t-il en se laissant tomber sur sa chaise.
Marlène gloussa et Hurlit sourit en coin.
-Serait-ce un défi ? lui demanda-t-il alors que ses yeux s'étrécissaient.
Elle entrelaça ses doigts et posa sa tête sur ses mains liées en le fixant dans les yeux.
-Le relèveras-tu ? lui demanda-t-elle alors que son sourire s'élargissait.
-J'espère que le jeu en vaut la chandelle...
-Il le vaut amplement.
-Je relève le défi, alors. affirma-t-il en se redressant et refermant sa carte au passage.
Marlène s'appuya sur le dossier de sa chaise et fit signe à Daren, qui était revenu derrière le comptoir, d'approcher. Ce dernier s'exécuta.
-Vous désirez ? demanda-t-il avec professionnalisme en s'adressant tout d'abord à Marlène.
-Le Brama s'il vous plait. le pria-t-elle.
Il acquiesça s'empara de sa carte de menus et tourna la tête vers Hurlit.
-Et vous Monsieur ? demanda-t-il.
La bouche d'Hurlit s'ouvrit mais aucun son ne sortit. Un large sourire s'afficha sur le visage de Marlène alors que Daren le regardait mi-amusé, mi-agacé.
-Une Xadkiopl...
Marlène, qui avait tenté de se contenir lorsque sa voix avait commencé à percer le silence, explosa de rire. Daren afficha un large sourire et enjoignit Hurlit à reprendre et à lui dire le nom du plat correctement.
Le jeune homme dût s'y reprendre une dizaine de fois avant de réussir à prononcer le nom correctement.
-Une Xadkiopliutchkajmig donc. fit Daren. Excellent choix. ajouta-t-il avant de se retirer après avoir prit sa carte des menus.
Marlène essuyait désormais ses larmes aux yeux et continuait à rire de temps en temps. Hurlit la regardait faire, un sourire au coin des lèvres. Après maints efforts, il était finalement parvenu à le prononcer correctement.
-C'était très divertissant. avoua Marlène. Défi gagné ! ajouta-t-elle en lui tendant la main.
Hurlit la regarda un moment ne comprenant pas où elle voulait en venir puis il lui serra la main.
-Mes félicitations. dit-elle avec une voix grave. Vous avez remporté le premier prix.
-C'est grâce à mon entraîneur qui est très rigoureux que j'ai pu parvenir à un tel résultat. affirma-t-il en se laissant prendre au jeu.
-Remercions-le avec vigueur car il n'a pu se présenter ce soir à notre concours. déclara-t-elle en lâcha la main de Hurlit et commençant à applaudir doucement pour ne pas déranger le repas des autres personnes.
Hurlit fit de même puis ils éclatèrent tous deux de rire ne se souciant guère plus des autres qui les regardèrent tous avec plus ou moins d'insistance et d'agacement.

Le fou rire passa complètement après cinq bonnes minutes et Daren revint à ce moment avec une entrée et une bouteille de vin.
-En attendant que les plats soient prêts. déclara-t-il en déposant les deux assiettes sur la table.
Marlène et Hurlit le remercièrent.
-Le vin est offert. ajouta Daren en se retirant pour ne pas leur laisser le temps de protester.
Marlène resta bouche bée à le regarder partir et Hurlit regarda Marlène et Daren alternativement, incrédule.
-Tu sembles être très appréciée du chef. constata Hurlit en souriant doucement.
-Oui. admit Marlène, légèrement gênée, en posant son regard sur Hurlit.
-Tu viens souvent ? lui demanda-t-il.
-Quand je peux venir, oui. En ce moment, ma tante est en ville et elle garde mes petites soeurs pendant deux ou trois jours. annonça Marlène.
-C'est une bonne chose. déclara Hurlit en piquant un morceau de tomate dans son assiette et le portant à sa bouche.
Marlène sourit doucement et acquiesça.
-Oui c'est une bonne chose, ainsi je peux faire connaissance avec le nouveau responsable de notre section.
Hurlit manqua de s'étrangler à ces paroles et toussa en se tapant la poitrine sous le regard amusé de Marlène.
-Calvin est toujours le responsable. fit Hurlit après avoir avaler son morceau de tomate.
-Il ne va pas le rester longtemps, j'en suis certaine. affirma Marlène avec conviction.
Hurlit resta de marbre face à tant d'assurance puis se reprit.
-C'est gentil. furent les seuls mots qu'il parvint à dire.
Elle lui offrit un sourire franc et ils recommencèrent à manger leur entrée.

Quelques minutes après avoir repris le repas, la voix de Hurlit se fit soudain entendre.
-Cela fait longtemps que tu travailles aux cuisines ? demanda-t-il autant par curiosité que pour briser le silence.
-Cela fait environ cinq ans. Depuis que mon père a succombé à la maladie, en fait. répondit-elle d'un ton qui se voulait détaché mais qui en disait long sur ce qu'elle ressentait en évoquant le sujet.
-Désolé d'avoir ravivé de tels souvenirs. fit Hurlit en grimaçant.
-Non ce n'est pas grave. déclara Marlène en souriant doucement. Nous avons tous un lien avec quelqu'un qui est ou a été dans ce couloir.
Il y eut alors un court silence que Marlène finit par briser.
-Depuis cette époque, je subviens aux besoins de mes soeurs en travaillant comme cuisinière. dit-elle.
-Quel âge ont-elles ? demanda-t-il en la fixant et buvant ses paroles, avide d'en savoir plus sur elle.
-La plus vieille, Aurore, a seize ans, Arya en a douze et la petite dernière, Rydia, a huit ans. Aurore peut s'occuper des deux autres mais évidemment je suis la seule à pouvoir gérer la maison. répondit-elle. Et toi, pourquoi avoir choisi cette voie ? enchaîna-t-elle rapidement.
-A cause d'un rêve d'enfant je dirai. Quand on est jeune on rêve de sauver le monde de ses petites mains. La maladie du coeur faisait beaucoup parler d'elle, comme toujours, alors je me suis lancé dans les études pour ensuite pouvoir tenter de trouver un remède. expliqua Hurlit, le regard vide et un léger sourire au coin des lèvres.
Il soupira en se rendant compte de l'impossibilité de la tâche.
-C'est très noble. déclara Marlène en lui souriant franchement.
-Mais onirique. compléta-t-il.
-Il faut savoir rêver pour aller de l'avant. affirma-t-elle.
-Tu as probablement raison. avoua-t-il en se reprenant totalement.
-Et pour ce qui est de ta famille ? se risqua-t-elle en se mordant imperceptiblement la lèvre.
-Je n'ai plus aucun contact avec quiconque de ma famille. Mon père est mort et ma mère vit pour son travail. J'imagine que c'est un peu grâce ou à cause d'elle que je suis toujours totalement impliqué dans ce que j'entreprends. Calvin m'a d'ailleurs fait la remarque aujourd'hui. Il sourit légèrement se rappelant ses paroles. Quant à ma soeur, Célestine, reprit-il, elle est partie en Amérique et je ne sais pas ce qu'il advient d'elle. Elle doit d'ailleurs être mariée désormais.
Sa voix s'était légèrement éteinte sur la fin et Marlène avait pu ressentir une certaine déception vis à vis de ces évènements. Même s'il n'en laissait guère quoique ce soit paraître et qu'il avait dû s'y habituer, le fait d'évoluer seul depuis plusieurs années, loin de sa famille, ne le laissait pas totalement indifférent. Une personne seule n'avait guère d'avenir dans la société. Elle n'attirait pas les autres familles cherchant à marier leurs enfants. En somme, une personne rejetée par les siens ou vivant loin d'eux, à moins d'avoir une haute position dans la société, était condamnée à vivre le reste de sa vie seule. Tout ceci, Marlène en avait bien conscience, elle aussi n'avait pas ce qu'il fallait pour une quelconque famille, c'était même l'opposé.
Marlène posa ses couverts à côté de son assiette vide. Elle avait fini son entrée tout en écoutant attentivement les paroles de Hurlit.
-Qu'est-ce qu'il te fait dire que ta soeur peut bien être mariée ? Elle aussi ne doit guère avoir de contact avec votre famille. demanda Marlène.
-Ma soeur a toujours eu énormément de demande de la part d'autres familles. affirma Hurlit en souriant doucement. C'est une femme ravissante avec un parcours scolaire sans faille. Si elle est partie en Amérique c'est pour monter son entreprise et rouler sur l'or. Il est évident que, même isolée, elle attire le regard des autres. expliqua-t-il.
-Mais ta position n'est pas si déplorable que cela. Tu es médecin et tu es dans un domaine qui malheureusement, a priori, ne cessera jamais d'exister.
Elle se raidit instantanément suite à ses paroles et reprit avec vivacité.
-A moins bien sûr que tu ne parviennes à trouver un remède.
Hurlit la dévisagea un instant en souriant étrangement. Le fait qu'elle ait enchaîné sur cette phrase l'avait touché. Il appréciait aussi ses efforts pour tenter de le réconforter mais il savait que c'était vain. Même si son travail venait à rapporter, il n'attirerait aucunement une quelconque famille.
-Même si je venais à avoir un magnifique salaire, le fait d'être sans famille et d'avoir des horaires totalement aléatoires suffit à dissuader un grand nombre de familles, voire toutes.
-Tout comme le fait d'avoir trois soeurs à charge. souffla-t-elle.
Ils échangèrent alors un long regard, où se lisait le désespoir de finir leur vie seul, puis posèrent soudain rapidement leurs yeux dans leur assiette, fuyant le regard de l'autre. L'un comme l'autre avait finalement cru lire l'espoir de finir avec l'autre. C'est finalement la main de Daren qui les extirpa de leur état mélancolique en passant sous le nez de Marlène.
-L'entrée était-elle à votre goût ? demanda-t-il en retirant l'assiette de Marlène.
-Oui c'était très bien. répondit Marlène en se reprenant et souriant doucement.
-Et vous, monsieur ? fit le chef en prenant l'assiette de Hurlit entre ses mains et le regardant de biais.
Hurlit hocha la tête pour lui signaler que, effectivement, l'entrée avait été à son goût. Le fait qu'il était devenu si professionnel depuis qu'ils étaient assis avait tendance à le perturber.
Daren se redressa et s'effaça en leur annonçant que le plat principal ne saurait tarder.
-C'est assez déroutant de le voir si professionnel après tant de familiarité. avoua Hurlit en regardant du coin de l'oeil Daren pénétrer dans les cuisines.
-Une fois que nous sommes assis nous sommes des clients à part entière et nous devenons roi. expliqua Marlène en souriant doucement. La première fois que je suis venue, continua-t-elle alors que son regard se perdait dans le passé, je me suis assise de mon propre chef dans un coin. Il est venu à moi, j'ai passé commande et il est revenu après avec deux plats et s'est assis en face de moi et a commencé à manger. J'ai été très surprise si bien que sans m'en rendre compte je l'ai observé manger. Elle revint à elle et regarda Hurlit dans les yeux qui fit de même. Il m'a alors dit : "Ici personne ne mange seul. Alors faites moi plaisir et ne me laissez pas manger seul."
Hurlit écarquilla les yeux et, autant par curiosité que pour s'en assurer, il tourna la tête et embrassa la pièce du regard. Il observa chaque table et constata que, en effet, personne n'était seul à une table.
Il reposa enfin ses yeux sur Marlène qui le fixait, amusée.
-Surprenant n'est-ce pas ? lui demanda-t-elle.
-Je ne m'en étais même pas rendu compte. avoua Hurlit à mi-voix.
-Ce n'est pas une chose à laquelle on prête attention en entrant dans un restaurant. Pourtant on sait tous que manger seul est quelque chose de triste.
Hurlit acquiesça doucement de la tête, il mangeait presque toujours dans la solitude depuis déjà plusieurs années et connaissait la différence entre un repas seul et à au moins deux.
-C'est lors de ce repas que nous avons fait connaissance évidemment.
Elle sourit chaleureusement et ses yeux brillèrent légèrement. Ce souvenir était sans nul doute un bien précieux pour elle.
-Depuis ce jour je reviens régulièrement ici et si je suis seule, ce qui a toujours été le cas jusqu'à aujourd'hui, il mange avec moi sinon il s'arrange pour que d'autres clients m'acceptent à leur table. déclara Marlène en souriant doucement. Je trouve cela vraiment appréciable.
-Je n'aurai jamais pensé qu'un quelconque restaurant accorde autant d'importance à ce fait. avoua Hurlit en regardant de nouveau chaque table où aucune ne portait le repas d'une unique personne.
-Et les prix sont corrects ! ajouta-t-elle de vive voix attirant ainsi les regards de biais des personnes attablées à proximité.
-Je suis ravi que vous trouviez les prix de nos plats abordables. fit soudain la voix de Daren.
Hurlit et Marlène le regardèrent fixement, les yeux grands ouverts, bouche bée. Ni l'un ni l'autre ne l'avait remarqué et ne s'y était attendu. Daren les regarda à tour de rôle puis tous ensemble ils se mirent alors à rire. Le chef servit alors les deux clients et malgré ses rires, les assiettes furent posées à la perfection, comme si ses bras étaient déconnectés du reste de son corps qui vibrait sous les rires. Un vrai professionnel.
-Vous voici servis, jeunes gens. fit finalement la voix de Daren, une fois l'hilarité terminée. Un Brama pour demoiselle, il pointa son assiette, la paume de sa main tournée vers le ciel, et une Xadkiopliutchkajmig pour monsieur.
Il remit sa main gauche à sa place d'origine alors que son bras droit se dépliait pour finalement indiquer l'assiette de Hurlit. Ce dernier resta interdit autant devant ce qui trônait sous son nez que par le fait que le chef avait de nouveau prononcé le nom du plat à la perfection.
Daren sourit en coin, ramena son bras le long de son corps, passa de l'autre côté de la table, leur servit un verre de vin, s'inclina légèrement en leur souhaitant un bon repas et disparut.

Hurlit fixa longuement son assiette. La Xadkiopliutchkajmig se composait de morceaux de viande assez conséquents, du boeuf, accompagnés d'un nombre important de petites pommes de terre bien rondes, probablement retravaillées après réception pour avoir une forme si parfaite. Hurlit pouvait aussi distinguer quelques morceaux de carottes, de tomates et d'oignons. Le tout avait été saupoudré de poivre, on voyait clairement les particules sur la feuille de laurier, mais aussi de persil et de coriandre. Le tout baignait littéralement dans le jus, si bien que Hurlit se doutait qu'au fond de son assiette devait reposer encore d'autres ingrédients qu'il ne voyait pas en surface. Les effluves, qui émanaient du plat et allaient chatouiller le nez de Hurlit, étaient un vrai délice, si bien qu'il en eut rapidement l'eau à la bouche. En effet, le temps qu'il avait passé à tenter de prononcer ce plat devait en valoir la peine, Marlène n'avait pas menti, il n'en avait d'ailleurs jamais douté.
Par curiosité il releva la tête dans le but de voir en quoi consistait le Brama de Marlène. Il constata alors que cette dernière le regardait, un sourire en coin.
-Tu as fini de contempler l'oeuvre du chef, on dirait. déclara-t-elle.
-Oui, cela a l'air vraiment délicieux. Tu en as déjà mangé ? demanda-t-il.
Il baissa alors la tête vers l'assiette de Marlène et examina son contenu. Au centre de son assiette trônait un feuilleté en forme de pyramide. Une allée de petits pois, bordée de rondelles de pommes de terre, partait du feuilleté et traversait l'assiette quasiment jusqu'à son rebord, juste devant le buste de Marlène. Les morceaux de viandes, de petites tailles, étaient éparpillés dans la première moitié de l'assiette autour de l'allée, mais un morceau, plus gros que les autres, était planté au milieu de l'allée de petits pois. Les morceaux de viandes étaient recouverts d'une sauce d'un marron légèrement foncé. Celle-ci se composait principalement de petits morceaux de carottes, de tomates et d'oignons. Entre les morceaux de viandes se présentaient aussi des petites pâtes et des morceaux de pommes de terre. Derrière la pyramide, l'assiette était comblée par une purée de pommes de terre. Cette dernière étaient parfaitement lisse, saupoudrée de poivres et de persil et en son centre avait été planté deux feuilletés en forme d'obélisque. Le plat semblait représenter un pharaon sortant de sa pyramide et traversant l'allée sous la foule.
-En effet et j'ai trouvé cela vraiment exquis, sinon je ne te l'aurais pas conseillé. répondit Marlène en baissant un instant les yeux vers son plat que Hurlit fixait. Au premier coup d'oeil, j'avoue que le mien semble plus appétissant au regard de la jolie mise en scène.
A cette remarque Hurlit posa derechef son regard sur son assiette, son plat ressemblait à un ramassis de restes flottant dans un jus dont on pouvait douter de la provenance en comparaison du plat de Marlène qui semblait digne d'un prince. Mais l'odeur qui émanait de celui-ci suffisait à elle seule à écarter tout doute quant à la qualité du plat.
-Le goût avant tout. affirma Hurlit en relevant la tête et posant ses yeux dans ceux de Marlène.
Ils sourirent tous deux et prirent leurs couverts en main.
-Et bien, bon appétit. fit-elle en attrapant un obélisque et le fourrant en entier dans sa bouche.
-Bon appétit. répliqua Hurlit en tentant de piquer un morceau de viande.
L'assiette était profonde et le morceau de viande avait tendance à remonter à la surface quand il touchait enfin le fond.
Marlène mâchait son feuilleté en le regardant faire puis à la cinquième tentative infructueuse de Hurlit, elle explosa de rire. Elle plaça sa main devant sa bouche par respect, il était hors de question de dévoiler le contenu de sa bouche ou d'en projeter une quelconque miette sous les rires. Elle déglutit finalement avec difficulté sous le regard déconcerté de Hurlit, prit la grosse cuillère sur le côté de son assiette et le somma de manger avec.
-Avec une fourchette, demain tu y es encore. déclara-t-elle entre deux rires.
Hurlit s'empara de la cuillère sans rien dire, la plongea dans son assiette et, effectivement, le plat s'avéra alors plus facile à manger.

Par Raziel - Publié dans : La Maladie du Coeur - Communauté : jeune auteur et compositeur
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Vendredi 25 septembre 2009 5 25 /09 /Sep /2009 20:23

Après qu'elle eut avalé les deux obélisques et goûté à la viande, Marlène demanda à Hurlit comment il trouvait son repas. Le jeune médecin déglutit et lui répondit ensuite.
-C'est excellent malgré le fait que cela ne soit pas aussi présentable que ton repas. avoua-t-il. Et le tien, comment est-il ?
-Très bon aussi. répondit-elle.
Marlène hésita un instant puis reprit la parole.
-Tu veux goûter ? lui demanda-t-elle en pointant son plat du doigt.
Il regarda son assiette et son visage à tour de rôle puis acquiesça d'un mouvement de tête. Visiblement, il ne s'y était pas attendu.
-Je veux bien, oui. dit-il en souriant doucement.
Hurlit s'empara de sa fourchette et la lui tendit. Elle piqua un morceau de viande qu'elle accompagna d'un morceau de pomme de terre provenant de la bordure de l'allée et la lui tendit, pleine. Il approcha sa main pour reprendre son couvert quand soudain elle ramena la fourchette à elle en souriant en coin. Hurlit écarquilla en grand les yeux, surpris.
-Premièrement, tu va rincer ta bouche avec un peu de vin pour faire fuir le goût de ton plat que tu as en bouche. affirma-t-elle.
Hurlit haussa un sourcil mais s'exécuta, l'ordre n'était pas des plus loufoque et se comprenait aisément.
-Deuxièmement, tu vas fermer les yeux et ouvrir la bouche.
La bouche de Hurlit s'entrouvrit sous l'étonnement et ses yeux s'ouvrirent en grand. Un léger son fut émit par ses cordes vocales sous la surprise. Il ne sut que protester mais se plia à cette règle que finalement il ne trouvait pas si déplaisante.
-Troisièmement étant donné que c'est mon plat c'est moi qui le place dans ta bouche.
Hurlit sourit en coin, lors du second ordre, il s'était bien douté de ce qui allait suivre. Il patienta un instant et sentit sa présence non loin de lui. Elle s'était levée de sa chaise et avait désormais le buste au dessus de la table. La fourchette glissa lentement sur sa lèvre inférieure et le fit frissonner légèrement. Marlène riait doucement et sa voix se fit finalement entendre.
-Tu peux fermer la bouche. déclara-t-elle.
Hurlit ne se fit pas prier et Marlène retira le couvert de sa bouche.
-Mais n'ouvre pas les yeux ! lui ordonna-t-elle vivement. Tu peux manger bien évidemment.
Un bruit sourd se fit alors entendre, Marlène venait de se laisser retomber sur sa chaise. Hurlit se mit à mâcher lentement ce que Marlène avait mis dans sa bouche et imprégna ses papilles des saveurs du plat. Il ne doutait pas une seule seconde que Marlène l'observait avec insistance. Les unes après les autres, les différentes saveurs se diffusaient dans sa bouche et envahissaient son palais en se mélangeant aux précédentes. Il déglutit finalement et prit la parole, gardant les yeux fermés. Il avait décidé de jouer le jeu jusqu'au bout. Marlène le remarqua aisément, ce qui l'amusa. Elle ne lui ordonna toutefois pas d'ouvrir les paupières.
-C'est vraiment excellent. affirma Hurlit. Tous les plats sont ainsi ? demanda-t-il.
-Tous ceux que j'ai goûtés sont ainsi, oui. répondit Marlène alors que son sourire s'agrandissait.
Hurlit s'efforçait de garder les yeux fermés et, à l'observer, on pouvait distinguer que cela commençait à l'embarrasser. Il voulait pouvoir la regarder et reprendre le repas mais préférait continuer à jouer le jeu.
Un court silence s'ensuivit, Marlène émit un léger gloussement et prit la parole.
-Tu voudrais bien me faire le plaisir de manger une cuillerée les yeux fermés ? le questionna-t-elle. Ensuite tu seras autorisé à ouvrir les yeux.
Hurlit fronça alors les sourcils, non pas que son idée lui déplaisait, mais il cherchait à se souvenir où il avait posé sa cuillère avec exactitude. Sa main s'était d'ailleurs suspendue au-dessus de son assiette juste après la question de Marlène, qui bien évidemment en avait conclu qu'il acceptait. Sa main survola son assiette lentement et se dirigea vers la droite. Marlène la suivait des yeux, amusée. Elle s'arrêta au dessus du couteau, Marlène sourit en coin, s'il s'emparait du couteau cela pourrait devenir drôle. Elle imagina alors la scène et un large sourire apparut sur son visage. La main descendit ensuite vers la table et la jeune femme écarquilla les yeux en grand, impatiente.
Hurlit émit alors un léger ricanement et sa main glissa vers la droite pour s'emparer sans aucun problème de la cuillère. Marlène en resta bouche bée.
-Je suis sûr que tu m'as imaginé en train d'essayer de manger avec le couteau ? demanda-t-il en plongeant le couvert dans l'assiette.
-C'était mesquin. affirma-t-elle sur un ton faussement mécontent.
Ils se mirent tous deux à rire un instant et Hurlit porta la cuillère à sa bouche mais il manqua quelque chose et fit un mouvement rapide de la tête en avant pour faire tomber la sauce dans l'assiette et non sur lui. Il avait trop rempli la cuillère et l'avait penchée un peu trop faisant ainsi couler la sauce du couvert. Marlène se mit de nouveau à rire alors que Hurlit essuya sa bouche avec un sourire au coin des lèvres. Il rouvrit enfin les yeux.
-J'aimerais bien t'y voir. fit-il sur un ton de défi.
Elle se força à cesser de rire et posa ses yeux dans les siens, fixement.
-Vraiment ? fit-elle sur un ton de défi. Tu n'as pas peur d'être ridiculisé ? enchaîna-t-elle avec assurance.
-Nullement. fit Hurlit en affichant un large sourire.
-D'accord, j'accepte le défi. déclara-t-elle.
Elle s'empara de sa fourchette, mémorisa le contenu de son assiette, ferma les yeux et alla piquer un morceau de viande. Un tintement s'ensuivit et Hurlit émit un faible ricanement. Marlène avait piqué dans le vide. Elle grommela légèrement et réitéra. Cette fois sa fourchette se planta dans un morceau de viande et elle le porta à ses lèvres. Rien ne coula ni ne tomba au désespoir de Hurlit. Mais au moment d'entrer dans la bouche de Marlène le morceau de viande s'écrasa sur la lèvre inférieure et du jus en coula. Marlène fut toutefois assez rapide pour ne pas que le liquide tombe sur elle mais bien dans l'assiette. Elle porta alors rapidement le bout de viande dans sa bouche, rouvrit les yeux et s'essuya.
-Pas facile, hein ? fit Hurlit en affichant un grand sourire.
Marlène avala sa viande et lui tira la langue. Ils se mirent alors à rire aux éclats. Les clients ne les regardaient même plus, ils étaient déjà habitués. Le fou rire passé, ils reprirent leur repas tranquillement.

Il porta une énième cuillère contenant notamment un morceau de viande à sa bouche et commença à le mastiquer. Mais plusieurs instants après il avait toujours la nourriture en bouche et la mâchait sans cesse. Marlène le fixa et se rendit compte qu'il s'était perdu dans ses pensées. Son regard portait vers l'infini, à travers la matière, et ses yeux semblaient sans fond. Elle sourit doucement, se pencha en avant et passa sa main à quelques centimètres de son visage. Hurlit se ressaisit instantanément et posa son regard sur Marlène qui reprit place sur sa chaise.
-Tu rêvais. lui expliqua-t-elle. A quoi pensais-tu ainsi ?
-A Julie, nous mangeons ici mais je ne sais pas si elle a mangé aussi et si elle daignera le faire. Cela m'inquiète un peu. avoua-t-il.
-Tu n'as pas à t'en faire. En quittant le couloir j'ai regardé par la petite vitre, elle avait mangé et dormait. déclara-t-elle. Elle ne se laissera pas mourir de faim si c'est cela que tu craignais. le rassura-t-elle.
Hurlit soupira doucement de soulagement et sourit.
-Merci Marlène.
-Ce n'est rien, je trouve que tu es un très bon choix pour succéder à Calvin. admit-elle.
Il la fixa, perplexe, c'était la seconde fois qu'elle lui disait ceci.
-Tu te soucies de ta patiente même quand tu n'es pas à la clinique. C'est assez admirable mais il ne faut pas que cela devienne une obsession.
Elle pointa alors son index devant lui et le secoua vivement pour le mettre en garde.
-Je ne tolèrerai pas que tu penses à une autre personne alors que tu es avec moi. C'est un manque de respect d'ailleurs que de mettre de côté la personne avec laquelle l'on est.
Les yeux de Hurlit s'écarquillèrent et il resta de marbre à ses mots. Il se reprit soudain et s'excusa. Marlène l'écouta se confondre en excuse, amusée, puis elle finit par se mettre à rire. Sa gêne et sa manière soutenue de s'excuser l'avaient poussée à en rire. Hurlit cessa immédiatement ses excuses et la regarda glousser. Il ne savait que dire ni faire et restait bouche bée devant son comportement. Un léger sourire finit toutefois par apparaître sur son visage.
-Tu n'étais pas obligé d'en faire tant, vraiment. fit la voix de Marlène une fois son hilarité terminée.
Hurlit allait derechef ouvrir la bouche pour sûrement s'excuser à nouveau mais Marlène plaqua rapidement son index sur sa bouche et hocha de la tête en signe de négation.
-Tais-toi. le somma-t-elle. Assez d'excuses.
Elle retira doucement son doigt de ses lèvres et Hurlit le regarda fixement s'éloigner jusqu'à ce qu'il disparaisse sous la table. Il acquiesça finalement d'un mouvement de tête et ils reprirent le repas.

Marlène fut la première à finir son plat principal, elle n'avait pas à aller à la pêche aux morceaux de viandes et de légumes ce qui facilitait la chose. Elle observa un moment Hurlit manger, qui avait d'ailleurs accéléré la cadence quand il s'était rendu compte qu'elle avait presque fini, puis prit la parole.
-Mon père était un pilote acrobatique. déclara-t-elle soudain sur un ton qui se baladait entre la neutralité et la nostalgie.
Hurlit fit une légère moue et se reprit en continuant à manger, il préféra l'écouter attentivement jusqu'au bout plutôt que de la couper.
-C'était un des meilleurs de France et d'Europe. Ma mère et nous, leurs enfants, le suivions à chacune de ses compétitions. Il y a cinq ans, alors que nous étions en Autriche pour l'un de ses concours de pilotes acrobates, un des appareils a perdu son aileron arrière en pleine représentation. Le morceau est tombé à une vitesse folle sur la foule et l'avion s'est écrasé, tuant le pilote sur le coup.
Hurlit stoppa net son mouvement et Marlène cessa un instant son récit, le regard vague et projeté dans le passé. A cet instant, il se doutait déjà de la suite de l'histoire. C'est lorsqu'elle reprit la parole que Hurlit porta sa cuillère à sa bouche.
-Nous étions dans la foule bien évidemment et nous avons été blessées par les débris. Elle porta sa main droite à son ventre hésita puis se résigna. L'aileron était descendu à une telle vitesse que personne n'a eu le temps de fuir l'endroit. Notre mère nous a protégées toutes trois. Ils l'ont transportée à l'hôpital très rapidement mais elle n'a pas survécu.
Sa voix était devenue presque inaudible sur la fin de la phrase pour s'éteindre finalement. Hurlit entrouvrit la bouche mais elle reprit avant qu'il n'ait su quoi dire.
-Il n'a pas fallu plus d'une semaine avant que notre père sombre dans la maladie. Juste le temps de revenir en France, un jour après notre retour. C'est ce jour-ci que j'ai rencontré monsieur Lokki. Etant la plus vieille de la famille, c'était à moi de m'occuper de certaines choses. Il m'a beaucoup aidé dans cette tâche.
Elle marqua un instant de pause dans son récit et Hurlit la regarda mais n'osa croiser son regard.
-Comme je passais régulièrement voir mon père, un jour j'ai accompagné Calvin dans sa distribution du repas enfin j'aurai dû le faire si je ne m'étais emportée en aidant les cuisiniers.
Elle sourit alors et continua son récit.
-Je me souviens, les pauvres hommes étaient deux et toujours à faire plusieurs choses à la fois. Si bien que ce jour là, si je n'avais pas été là, le dîner aurait brûlé. Il était évident qu'il manquait un membre à leur équipe. Alors je les ai aidés quelques jours puis Calvin m'a pris à part avec le chef des cuisines et ils m'ont demandée si je voulais intégrer l'équipe. A cet instant j'ai senti un poids énorme me quitter et une profonde joie m'envahir. J'ai accepté avec un enthousiasme non dissimulé. Je me souviendrai toujours, le chef a haussé un sourcil et a dit : J'espère que tu auras autant d'entrain et de joie lorsque tu seras dans ma cuisine. Cita-t-elle d'une voix qui se voulait grave et qui les fit sourire tout les deux. Et il est parti sans rien ajouter. Cela faisait deux semaines que notre père était dans une chambre, l'argent commençait à manquer et personne ne voulait de moi évidemment, j'étais trop jeune. Même si j'ai perdu mes parents, je ne suis pas malheureuse, loin de là, et mes soeurs non plus. Ce travail, avec le chef et Kim ainsi que Calvin, est agréable avec une bonne ambiance et me permet de gagner un bon salaire mais aussi d'avoir beaucoup de temps libre pour m'occuper convenablement de mes soeurs.
Elle revint alors dans le présent et observa Hurlit qui avait fini son plat.
-Je vois que tu as fini. enchaîna-t-elle immédiatement.
Elle ne voulait pas le mettre dans l'embarras en l'obligeant à chercher quelques formules pour tenter de faire fuir sa peine ou lui offrir quelques condoléances. Elle n'avait su quoi dire et avait voulu partager un peu d'elle avec lui, se confier à lui.
-Oui, c'était vraiment bon. Ce restaurant est vraiment excellent. affirma Hurlit en souriant légèrement, ayant bien compris pourquoi elle avait changé de sujet aussi rapidement.
-J'en suis ravi. fit la voix de Daren.
Hurlit se raidit sur sa chaise. Décidemment, il avait le don pour entendre certaines choses aux bons moments. Hurlit tourna alors la tête et le vit passer avec trois assiettes dans les mains et un grand sourire aux lèvres.
-Comme nous sommes proches des cuisines, il a tendance à entendre ce que nous disons à son passage. constata Marlène en souriant allègrement.
-C'est parfois embarrassant tout de même. avoua Hurlit.
-Oui mais il ne réplique et n'entend que quand cela n'est pas une mauvaise chose.
-En effet et ce n'est pas désagréable, je l'avoue. Il sait parfaitement jouer entre une attitude professionnelle et amicale.
-Oui, cela détend et amuse. C'est vraiment un bon chef en plus. enchérit Marlène en souriant.
Hurlit sourit aussi et le rire suivit peu après alors qu'ils se remémoraient la première fois où il avait répliqué en entendant Marlène complimenter les prix du restaurant.

Daren se présenta à eux sur le chemin du retour aux cuisines. Il s'inclina et s'empara de l'assiette de Marlène.
-Le Brama était-il à votre goût, demoiselle ? demanda-t-il en plaça l'assiette en équilibre sur son avant bras.
-Excellent. répondit Marlène. Et la présentation était parfaite.
Daren sourit de contentement et porta la main vers l'assiette de Hurlit.
-Et vous monsieur ?
-Très bien, rien à redire. dit Hurlit en le laissant reprendre l'assiette.
Daren s'inclina alors légèrement et reprit la parole.
-Je reviens de suite avec le dessert. annonça-t-il avant de les laisser.
Hurlit le regarda un instant puis posa des yeux interrogateurs sur Marlène qui le regardait, amusée.
-Et non. fit-elle. On ne choisit pas son dessert ici. affirma-t-elle en se doutant de ce qui l'avait interpellé.
-Et si cela ne plait pas ? demanda Hurlit.
-Et bien dans ce cas, tu dis ce qui ne te plait pas et ils vont préparer quelque chose à ta convenance. dit-elle. Et si vraiment tu as un différent avec le dessert, c'est seulement à ce moment qu'on t'offre une carte de desserts.
-Original. avoua-t-il. Ce restaurant est vraiment plein de surprises. Il ne fait aucun doute que je reviendrai par la suite.
-Et tu seras le bienvenu, j'en suis certaine. J'espère que je serai là pour t'accompagner d'ailleurs, tu me dois bien cela après tout. fit-elle en le fixant durement.
Hurlit sourit alors doucement.
-Bien entendu. dit-il avant d'afficher un sourire plus large.
Marlène sourit aussi et Daren sortit à cet instant des cuisines. Il portait deux assiettes de taille moyenne et se plaça à côté de la table de Marlène et de Hurlit.
-Voici le dessert. annonça-t-il.
Il déposa une assiette devant Marlène puis la seconde devant Hurlit.
-Bonne fin de repas. ajouta-t-il en s'inclinant avant de s'effacer.
Hurlit regarda son assiette, il semblait ne pas en revenir. Le dessert se composait de cinq choux reposant sur une fine couche de chocolat chaud et recouverts de sucre glace et de chocolat chaud. Une demi-banane prédécoupée en rondelle était présente sur le bord de l'assiette ainsi que trois fois deux cerises encore attachées l'une à l'autre et aussi une moitié de pêche ainsi qu'une demi-pomme, toutes deux coupées en quartiers. Les quartiers des deux fruits étaient faits en façon lapin et mettaient en valeur les deux autres fruits. La présentation subjuguait les yeux et le dessert en lui-même faisait largement saliver.
-Impressionnant n'est-ce pas ? On dirait qu'il nous somme de le manger. déclara Marlène lorsqu'il posa ses yeux sur elle.
-Oui, alors ne le faisons pas trop attendre. dit Hurlit en s'emparant de la petite cuillère et la plantant dans un des choux.
Marlène fit de même et ils mangèrent le dessert en silence.
Deux choux étaient composés de crème et deux autres de glace, l'un à la vanille l'autre au chocolat. Le cinquième, au milieu, était un mélange de crème et de glace des deux saveurs. Hurlit ne s'en rendit pas immédiatement compte mais l'assiette avait été légèrement chauffée pour conserver le chocolat fondu le plus longtemps possible au chaud. De fait à la fin du repas, lorsqu'il racla son assiette, celui-ci était encore tiède et n'avait donc pas durci. Une petite attention des plus agréables.

Lorsqu'il eu tout mangé, Hurlit soupira d'aise et laissa son dos reposer sur le dossier de la chaise. Il était totalement repu et peu après Marlène fit la même chose que lui.
-Magnifique repas. avoua Hurlit.
-Je suis ravie que la soirée t'ait plu. affirma Marlène en souriant.
-Merci de m'avoir invité vraiment. renchérit Hurlit.
-La prochaine fois c'est toi qui invite. déclara-t-elle en souriant et le fixant dans les yeux.
Daren qui revenait d'une autre table s'arrêta à côté d'eux en voyant qu'ils avaient tous deux fini.
-Je vois que le dessert a été à votre goût, notamment vous monsieur. fit le chef avec un regard amusé en observant l'assiette de Hurlit.
En effet celle-ci était totalement vide, au premier coup d'oeil on aurait presque pu croire qu'il l'avait léchée.
-Euh... oui c'était très bon. fit Hurlit décontenancé.
Daren se mit à rire et s'empara de l'assiette de Marlène qui souriait largement.
-C'est un honneur pour moi de voir une telle assiette, ne soyez pas si confus d'avoir apprécié le dessert à ce point. le rassura Daren en prenant son assiette.
Hurlit, qui avait viré au rouge, acquiesça doucement pour le remercier de ces paroles.
-Dois-je débarrasser la table ou vous restez un peu ? demanda Daren, une fois les deux assiettes sur son avant bras gauche.
-Nous allons quitter les lieux. affirma Marlène après avoir jeté un coup d'oeil à Hurlit qui était du même avis qu'elle. Vous pouvez tout débarrasser. ajouta-t-elle.
-Bien. fit Daren en s'écartant légèrement. Dans ce cas, je vais aller au comptoir et vous attendre.
Le chef s'inclina et disparut dans les cuisines.

Quelques minutes après, Marlène et Hurlit étaient dehors devant le restaurant.
-Alors pas déçu de finalement avoir accepté d'être venu ? demanda-t-elle.
Hurlit sourit doucement en se souvenant qu'elle l'avait plus forcé qu'autre chose.
-Absolument pas. répondit-il. Ce restaurant est vraiment excellent.
Marlène pointa alors la direction à sa droite et Hurlit acquiesça. Il allait aussi par là.
-J'ai vraiment passé une agréable soirée en ta compagnie. affirma-t-elle après quelques pas en tournant la tête vers lui.
-Moi aussi, ce fut agréable et nous avons bien rit au point d'attirer de nombreuses fois le regard des autres. dit Hurlit en souriant largement.
Ils se mirent tous deux à rire et Marlène frissonna soudain. Hurlit haussa un sourcil en le constatant et hésita un long moment avant de retirer sa veste et de la lui tendre sans vraiment la regarder.
-C'est mauvais pour la digestion. se justifia-t-il.
Marlène sourit de nouveau et la prit pour la poser sur ses épaules en le remerciant.
Ils continuèrent alors en silence en observant les diverses illuminations des vitrines. Quelques minutes après, ils parvinrent à une intersection et, alors que Marlène allait prendre à droite, Hurlit s'arrêta.
-Je continue tout droit. dit-il en la retenant gentiment par le bras.
Elle fut légèrement surprise par son mouvement mais n'en laissa rien paraître, cela ne la dérangeait nullement.
-D'accord. On se voit demain de toute manière. affirma-t-elle en souriant et se plaçant face à lui.
Hurlit acquiesça et Marlène posa sa main sur le col de la veste mais Hurlit l'empêcha de la retirer.
-Tu me la rendras demain. dit-il en souriant doucement. Et non, cela ne me dérange pas.
-Bien. fit-elle en retirant sa main du col.
Elle se pencha alors en avant et lui fit la bise avant de lui souhaiter une bonne soirée et une bonne nuit. Il lui souhaita la même chose et ils se séparèrent. Après quelques pas, l'un comme l'autre ressentit un léger déchirement dans la poitrine qu'ils attribuèrent à la fin d'une soirée aussi agréable.

Par Raziel - Publié dans : La Maladie du Coeur - Communauté : jeune auteur et compositeur
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Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 15:37
Le lendemain Hurlit se présenta devant Calvin à l'heure habituelle. Ce dernier l'attendait patiemment dans la salle de repos comme chaque matin.
-Bonjour, Calvin. lança Hurlit en souriant doucement.
-Bonjour. répondit le spécialiste sans vraiment prêter attention à Hurlit qui déposait sa veste dans son placard.
Hurlit se pencha ensuite par dessus l'épaule de Calvin et lut les gros titres. Calvin ne devait pas être là depuis plus d'une dizaine de minutes, il n'en était qu'à la quatrième page du journal quotidien.
-Evidemment, commença Calvin en relevant la tête, ils parlent de Julie dans le journal.
Hurlit se redressa et ferma son placard.
-Et que disent-ils ? grommela-t-il plus qu'il ne demanda.
-Qu'une autre personne a été envoyée dans notre section et que cette dernière est bien jeune. Au fond ils ne savent rien de cette histoire, même pas son prénom.
Il referma alors brusquement le journal et le jeta dans la poubelle sans ménagement. Hurlit haussa un sourcil et resta interdit, la lèvre inférieure coincée entre ses dents. Finalement Calvin avait peut-être déjà tout lu et était revenu en arrière pour relire un article.
Calvin se rendit compte de l'air qu'arborait Hurlit et sourit doucement.
-Tu n'es pas en retard, rassure-toi. dit-il. Je suis arrivé en avance, comme je ne dormais plus j'en ai profité pour aller voir Julie.
Hurlit revint à lui immédiatement.
-Comment va-t-elle ? demanda-t-il en s'approchant de Calvin qui venait tout juste d'ouvrir la porte.
-Bien, tu vas pouvoir le constater par toi-même. C'est l'heure de leur servir le petit-déjeuner.
Calvin passa le seuil de la porte et Hurlit le suivit à la hâte.

Calvin poussa la porte du couloir et Hurlit le suivit sans rien dire. Ils s'arrêtèrent tous deux devant la pièce qui renfermait Julie et Hurlit s'approcha pour la regarder à travers la vitre.
-Elle dort. murmura-t-il en souriant doucement, soulagé.
-Il semblerait qu'elle soit calme, en effet. Je ne sais pas si elle a eu une crise dans la nuit mais je n'ai pas eu d'échos de la part de Flaminia. affirma Calvin.
Hurlit fit ensuite un pas en arrière et se tourna vers Calvin.
-Je pense qu'elle risque d'en faire une à son réveil. déclara-t-il.
-Je pense la même chose. La crise pourrait d'ailleurs être la cause de son réveil. déclara le spécialiste en tournant les talons vers le fond du couloir. En attendant, allons voir pour servir le petit-déjeuner.
Hurlit le suivit sans rien dire, le couloir était calme, personne ne subissait les effets de la maladie. Comme Julie, ils devaient tous dormir.

Calvin poussa la porte menant aux cuisines et Hurlit le suivit en cherchant immédiatement Marlène des yeux. Il fit la moue en ne la voyant pas dans la salle. Calvin salua Kim et Hurlit en fit autant après s'être repris.
-Les dernières bouteilles de lait et de café chaud vont arriver. annonça Kim en se plaçant à côté du chariot.
-D'accord. fit simplement Calvin.
Le chef était à la place qu'avait occupée Marlène la veille au soir. Il tartinait frénétiquement des tranches de pains avec du beurre et un peu de confiture avant de les déposer sur le chariot à côté des autres tartines sur l'étagère la plus haute. Hurlit le regarda faire un long moment puis observa de quoi se composait le petit déjeuner. Les personnes auraient donc droit à du pain beurré avec de la confiture, du lait ou du café selon leur préférence, ainsi que du jus d'orange et des biscuits. Le chef posa finalement la dernière tartine sur le chariot, essuya ses mains sur son tablier et se plaça devant le bac pour laver les outils de cuisine. Peu de temps après, des bruits de pas attirèrent l'attention de Hurlit. Marlène entra par la porte au fond à droite de la cuisine. Sans s'en rendre compte, Hurlit sourit légèrement et Marlène lui rendit aussitôt. Elle s'avança vers eux en les saluant et déposa le bac fumant, qu'elle tenait à deux mains protégées par des gants, à côté du chariot. Kim enfila prestement un gant et se plaça de l'autre côté du bac. Ils s'accroupirent ensuite et, sous le regard de Calvin et Hurlit, commencèrent à déposer les bouteilles sur la deuxième étagère à côté des autres.
-Tout y est. clama finalement Marlène en se relevant et souriant largement en regardant Hurlit et Calvin.
Kim se redressa à sa suite et retira son gant qu'il déposa sur le plan de travail.
-Dans ce cas, nous allons servir ce petit-déjeuner et rapporter les couverts d'hier soir. affirma Calvin en plaçant ses mains sur le chariot.
Kim avait pris une éponge et nettoyait désormais le plan de travail qu'avait sali le chef peu avant.
-Alors, à tout à l'heure. déclara l'homme.
Calvin acquiesça d'un hochement de tête et poussa le chariot vers la porte que Hurlit s'empressa d'ouvrir. Ils quittèrent alors les cuisines, non sans un regard de Hurlit pour Marlène qui lui sourit doucement avant qu'il ne sorte.

La plupart des patients dormaient encore, comme l'avait pensé Hurlit un peu plus tôt. Il fut d'ailleurs soulagé de constater que chacun d'entre eux avait effectivement mangé son dîner. Mais l'angoisse le tenaillait. Julie le préoccupait grandement, et ce, même si Marlène lui avait affirmé que tout allait bien lors de la soirée. De plus, comme la veille, Julie serait servie en dernière. Il devrait donc attendre et prendre son mal en patience. Il se mordit légèrement la lèvre inférieure sans s'en rendre compte, en entrant il n'avait pas pensé à chercher à voir si son assiette était vide ou non. D'ailleurs il n'aurait probablement pas pu s'en assurer, les repas étaient placés dans le coin gauche de la pièce et souvent déplacés par le malade puis redéposés dans le coin à droite ou à gauche, ce qui rendait la chose non clairement visible de l'extérieur.
Toutefois, le fait de voir Calvin sortir de chaque chambre avec les plats vides avait tendance à le rassurer et le conforter dans l'idée que, comme eux, Julie ne se laisserait pas mourir de faim.
-Hurlit ? l'interpella soudain Calvin.
Le jeune homme venait de s'égarer dans ses pensées et Calvin s'en était aisément rendu compte. Il l'avait donc ramené sur terre.
Hurlit eut alors un léger sursaut et tourna vivement la tête vers le spécialiste en s'excusant. Ce dernier sourit légèrement, sachant  très bien ce qui préoccupait ainsi Hurlit. Il lui fit alors un signe de tête pour lui signaler que ce n'était pas quelque chose d'important.
Calvin prit d'ailleurs dans la foulée une bouteille de café et le reste pour couper court aux éventuelles excuses qu'allaient engranger Hurlit. Le spécialiste fit ensuite volte-face, se retrouvant ainsi devant la porte. Hurlit contourna alors rapidement le chariot et lui ouvrit, à la hâte, la porte d'un énième patient. Celui-ci était assis au centre la pièce et fixait, inlassablement et la tête bien droite, un point inexistant au loin droit devant lui.
L'homme se nommait Basil et était ici depuis dix-huit jours. Sa femme avait été retrouvé morte chez lui, tuée par un voleur après s'être battue pour sauver sa vie.
Calvin pénétra dans la pièce et traversa le champ de vision de Basil sans que cela ne le perturbe. Il déposa le petit-déjeuner et reprit les couverts de la veille, le tout sans jamais quitter l'homme des yeux. Le spécialiste fit alors deux petits pas vers la sortie quand Basil se leva d'un bond et fondit sur Calvin. L'homme lâcha instantanément ce qu'il avait en mains et fit un mouvement brusque de recul mais trop tard. Basil l'avait saisi à la gorge et plaqué au sol.
Hurlit pénétra aussitôt dans la chambre lorsqu'il entendit les couverts tomber. Il posa son regard sur les deux hommes et écarquilla les yeux en grands. Calvin se débattait comme il pouvait mais Basil était bien plus puissant et n'avait aucun mal à le maintenir au sol et à garder une pression importante sur sa gorge. A cette vision le sang d'Hurlit ne fit qu'un tour et son poing vint violemment s'écraser sur la mâchoire de Basil qui s'écroula sur le flanc droit, inerte. L'homme devait certes être sonné mais pas au point de ne plus pouvoir bouger.  Pourtant il restait immobile, son esprit ailleurs. Hurlit ne s'en plaint pas et, constatant ce fait, il attrapa Calvin par les épaules et le traîna à l'extérieur, l'adossa contre le mur et referma rapidement la porte.
Hurlit se retourna alors vers le spécialiste et massa son poing endolori. Calvin avait le souffle court et toussait de temps en temps. Sa gorge avait viré au rouge tirant légèrement sur le bleu suite à la strangulation. Hurlit l'observa, interdit. Il venait de frapper un patient et d'ailleurs c'était la première fois qu'il frappait quelqu'un de la sorte et qu'il voyait une pareille scène. Finalement ses nerfs lâchèrent et il s'emporta.
-Mais qu'est-ce qu'il lui a pris, bon sang ?! s'exclama-t-il.
-Je te l'avais dit. fit Calvin avec calme mais non sans difficulté. Il arrive que certains patients tentent de nous tuer dans un excès de délire. Il m'a probablement pris pour le meurtrier de sa femme.
Calvin haussa les épaules et se releva alors péniblement sous les yeux écarquillés de Hurlit qui le fixait sans relâche. Il était au moins autant inquiet qu'en colère. Que ce serait-il passé s'il n'avait pas été là ? Il se raidit alors de tout son long. Il n'avait pas entendu parler d'un quelconque assistant avant lui. Calvin avait-il donc servi ainsi les plats seul pendant plusieurs années, au risque de se voir tuer par un patient ?
-Il faut finir le service. ajouta Calvin en passant devant Hurlit sans le regarder.
Le jeune homme grimaça fortement. Comment pouvait-il rester si calme après ce qui venait de se passer ? Basil avait manqué de peu de le tuer.
-Allez, dépêche-toi. enchérit le spécialiste en avançant vers la chambre suivante.
Hurlit se tourna vers lui, l'observa et fronça les sourcils avant de soupirer et de le suivre à contre-coeur.

Après quelques patients de servis, Hurlit ne put plus se contenir et aborda le sujet qui le tiraillait.
-Avant que je n'arrive, tu servais seul ? demanda-t-il.
Calvin ferma la porte de la chambre et se tourna vers le jeune homme en souriant légèrement en coin.
-Bien sûr que non, je tiens à la vie.
Les muscles de Hurlit se détendirent et il se sentit soulagé. Il se maudit alors d'avoir cru un instant que Calvin avait pris le risque de servir seul pendant un certain temps.
-C'était Kim qui m'accompagnait avant. ajouta l'homme. Mais c'est la première fois que je passe si près de la mort. avoua-t-il.
Calvin baissa légèrement la tête, était-il donc fautif ? C'est vrai qu'il aurait dû être prêt à réagir plus vite.
-Non pas que ce soit ta faute et que tu sois moins compétent que Kim, mais c'est la première fois qu'un homme aussi fort m'attaque. fit Calvin en se rendant compte que Hurlit prenait sur lui. De toute manière, c'est le comportement typiquement imprévisible, n'importe quel patient peut tout à coup avoir une réaction de ce genre.
Hurlit frémit alors de tout son corps en imaginant Julie lui sauter au cou et tenter de le tuer. Il ne se voyait pas la frapper ou tenter de lui faire du mal et pourtant il ne voulait pas mourir ainsi. Il grimaça en se rendant compte de la difficulté de la chose, se faire agresser ainsi par une personne dont on a la charge et qu'on veut protéger devait être extrêmement pénible. Il comprit alors ce que pouvait bien ressentir Calvin et pourquoi il était resté si calme après avoir failli mourir.
Il s'aperçut alors que Calvin était déjà devant la porte de la prochaine chambre à servir et poussa le chariot vers lui. Ils continuèrent alors le service sans encombre.

Vint finalement le tour de Julie. Ils s'arrêtèrent tous deux devant la porte et Calvin prit alors la parole.
-Tu veux lui donner son petit-déjeuner ? demanda le spécialiste.
Hurlit tourna vivement la tête vers Calvin et le fixa intensément. La surprise et la joie se lisaient aisément sur son visage. Il hocha alors de la tête pour lui montrer qu'il acceptait.
-Avec joie. fit-il pour appuyer son geste.
Il se plaça alors sur le côté du chariot et resta de marbre devant celui-ci. Il posa ses yeux sur Calvin derechef.
-Je ne sais pas si elle boit du lait ou du café, je lui sers donc les deux ? le questionna-t-il pour s'assurer que ce dernier ne savait pas non plus.
Calvin sourit largement et lui répondit par l'affirmative.
Hurlit s'empara alors des deux bouteilles ainsi que de l'habituelle bouteille de jus d'orange, des biscuits et la tartine de pain, le tout sur un plateau, comme pour chacun des autres patients.
Cette fois c'est Calvin qui lui ouvrit la porte et Hurlit pénétra dans la chambre non sans regarder un moment la jeune femme qui était allongée sur le sol et dormait encore. Calvin l'observa faire sans rien dire, il arborait juste un sourire aux coins des lèvres.
Hurlit déposa finalement le plateau à côté de celui du dîner, se saisit de ce dernier et sortit de la pièce sans jamais quitter Julie du regard.
Calvin referma alors la porte derrière lui et prit la parole.
-Tu ne cesses de la regarder, ce qui est une bonne chose, mais on sent que ce n'est pas par méfiance. Je t'aurais fait faire le service dans une autre chambre, tu n'aurais probablement pas été aussi attentif au patient. déclara le spécialiste.
Hurlit se redressa après avoir déposé le plateau du dîner sur le chariot et se tourna vers Calvin.
-Oui, tu as sûrement raison. avoua Hurlit en se pinçant la lèvre inférieure.
-Il faudra être plus prudent à l'avenir, tu as vu par toi-même ce qui peut se produire et ce même quand on est attentif. ajouta Calvin en se tournant vers le fond du couloir.
Hurlit grimaça en repensant à ce qui s'était produit peu avant et se plaça derrière le chariot qu'il poussa pour aller le ranger dans les cuisines.

Après quelques pas, des cris stridents se firent entendre. Hurlit s'arrêta net et tourna instantanément la tête vers la chambre de Julie. Il lâcha alors le chariot et se précipita vers elle.
Julie était réveillée et hurlait à tue-tête comme une possédée, debout, au milieu de la pièce. Calvin se plaça à côté de Hurlit et observa la jeune femme.
-L'odeur du petit-déjeuner a dû la réveiller. suggéra le spécialiste.
Hurlit ne dit rien, il fixait avec attention la jeune femme. Cette dernière cessa finalement de crier et se laissa tomber à quatre pattes sur le sol qu'elle martela violemment de son poing droit.
-Pourquoi ? demandait-elle à chaque fois que son poing s'écrasait sur le sol mou.
Le corps de Hurlit se tendait à chaque fois qu'elle posait cette question. La peine qu'il éprouvait pour Julie se lisait très aisément sur son visage tout comme la détermination de la sortir de cette situation qui l'insupportait.
La jeune femme se mit ensuite à taper des deux poings en criant puis cessa soudain. Elle fondit en larmes et s'effondra de tout son long. Elle se mit alors à sangloter, se replia sur elle-même et fut prise de soubresauts de temps à autre. Quelques minutes plus tard, la crise était passée.
-C'est fini. annonça Hurlit avec soulagement. Mais elle n'a pas prononcé un seul nom.
-En effet. fit le spécialiste sur un ton qui montrait sa déception.
Il s'écarta alors de la porte et reprit.
-Je vais contacter ses parents et demander si on peut passer chez eux pour leur poser quelques questions et, pourquoi pas, fouiller sa chambre à la recherche d'un quelconque objet pouvant nous renseigner sur la personne qui lui fait défaut.
Hurlit se décala de la porte et repassa derrière le chariot.
-Pourrai-je t'accompagner ? demanda-t-il alors qu'ils avançaient vers les cuisines.
-Cela va de soi. répondit Calvin en lui souriant.

Lorsqu'ils pénétrèrent dans les cuisines, les trois personnes s'aperçurent rapidement de la marque que Calvin portait au cou. Toutefois personne n'en dit rien, seule Marlène grimaça un instant avant de se tourner pour cacher son visage. Il régna alors une certaine tension dans la pièce. Calvin resta d'ailleurs à côté de la porte et sa voix brisa rapidement le silence pesant.
-Je vais contacter les parents de suite. annonça-t-il.
-D'accord. déclara Hurlit en se tournant vers lui.
Calvin était sorti immédiatement après ce qu'il avait dit et n'avait probablement pas entendu ce qu'avait dit Hurlit.
Le jeune homme poussa ensuite le chariot vers le fond de la pièce où se trouvait la porte par laquelle était sortie Marlène ce matin. Il se redressa, posa ses yeux sur Marlène et y eut lu l'inquiétude. Il regarda les deux autres et put lire le même sentiment.
-Un patient a tenté de l'étrangler. déclara Hurlit en baissant légèrement les yeux.
Le chef des cuisines grommela et Marlène se raidit alors que Kim fit un pas vers lui. Hurlit ferma alors les yeux en s'attendant à une quelconque réprime de la part de celui qui accompagnait Calvin auparavant. Il sentit alors une main se poser sur son épaule qui le serra doucement.
-J'imagine que si tu n'étais pas intervenu, il y serait resté. affirma Kim en souriant doucement.
Hurlit redressa alors la tête et un léger sourire perça sur son visage.
-Oui, c'est vrai. murmura Hurlit. Mais comment savez-vous que... ?
-Ta main droite. répondit Kim sans le laisser finir. Elle tremble sans arrêt et porte la marque d'un coup porté.
Kim s'écarta alors du jeune homme et ce dernier posa ses yeux sur sa main. En effet sa main tremblait et portait une marque presque violette, il ne s'en était même pas rendu compte.
-Tu as fait ce qu'il fallait. ajouta Kim en souriant largement.
Hurlit releva la tête et sourit doucement. Il posa ensuite ses yeux sur Marlène qui le fixait. La jeune femme acquiesça et lui offrit un sourire chaleureux.
-Tu n'as pas de remord à avoir. ajouta Marlène en s'approchant de lui. Tu n'y es pour rien s'il a put se saisir de la gorge de Calvin. Frapper était la meilleure chose à faire.
Elle prit alors sa main droite dans les siennes et lui sourit largement pour le réconforter. Les joues de Hurlit prirent alors une légère teinte rose et les portes de la cuisine s'ouvrirent, coupant court à ce moment qui le perturbait.
-Hurlit. appela Calvin. Ses parents acceptent de nous recevoir ce matin, nous partons dans l'instant. déclara-t-il.
Calvin vit immédiatement Marlène tenant la main de Hurlit, sourit doucement et sortit de la pièce. Hurlit se ressaisit immédiatement, rompit le contact fit un pas vers la porte mais s'arrêta net. Il posa alors ses yeux dans ceux de Marlène.
-Merci beaucoup. dit-il en souriant.
Marlène lui rendit son sourire et Hurlit quitta la pièce à la hâte.
Kim grommela et se tourna alors vers Marlène.
-Et moi, alors ? grogna-t-il.
Marlène se mit alors à rire et le chef cuisinier aussi.
-Quelle injustice. ajouta-t-il avant de sourire en coin et de se remettre au travail.
Par Raziel - Publié dans : La Maladie du Coeur - Communauté : jeune auteur et compositeur
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